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Critique d’Alexandre dans Cine Live

Critique Cine Live - Interviews - Critique de la crtique

Glandeur et décadence **

Etats-Unis. Titre original : Alexander. De Oliver Stone. Avec Colin Farrell, Angelina Joli, Val Kilmer, Jared Leto, Rosario Dawson, Anthony Hopkisn, Christopher Plummer … Scénario : Oliver Stone, Christopher Kyle, Laeta Kalogridis. Photo : Rodrigo Pristo. Musique : Vangelis. Prod : Moritz Borman, John Kilik, Thomas Schühly, Iain Smith, Oliver Stone. Distribution : Pathé Distribution. Durée : 2H50. Sortie : 5 janvier.

Des fresques historico-fantaisistes qui se sont engouffrées dans la brèche ouverte par Gladiator, Alexandre est sans doute la plus rugueuse et la moins aimable. Le destin du bonhomme, rejeton allaité au venin d’une gorgone, puis homme arc-bouté sur l’amour que lui porte son ami d’enfance, enfin conquérant idéaliste assoiffé de cultures étrangères, se prêtait à la grande pompe didactique et au déversoir spectaculaire. Certes, les décors sont orgiaques, les chevauchées fantastiques et les jupettes à la juste longueur, mais curieusement, l’ampleur des batailles compte moins que l’épopée intime. Hormis une hallucinante charge contre les princes indiens à dos d’éléphants, où Stone – et le spectateur ! – voit soudain rouge, le cinéaste ne verse ni dans la démesure, ni dans la rage virile qu’on attend de lui. Contemplative, voire diluée jusqu’à la lisière de l’ennui, la quête d’Alexandre est surtout traversée de ravages intérieurs et des traumas d’un enfant destiné à régner pour survivre. Entre le déni du père, l’emprise de la mère, l’homosexualité assumée sans être viable et la fuite en avant quasi-névrotiques, les tiroirs s’interprétation du personnage sont légions. Mais l’empreinte d’Oliver Stone n’est pas toujours pertinente : là où il suggère par une surprenante économie la puissance des liens entre Héphaïstion (Jared Leto, incognito) et Alexandre, on le prend en flagrant délit d’érotico-toc lorsqu’il se mêle des ébats entre l’Empereur et sa promise, cambrée au-delà du raisonnable. Et tout le film est à l’avenant : un coup de force pour un coup d’épée dans l’eau. Pourquoi nous infliger un prologue « L’histoire grecque pour les nuls » sermonné par le postiche d’Anthony Hopkins, alors qu’en un regard d’Angelina Jolie, tout est dit sur la Cruella possessive ? On peut voir dans ce bateau ivre qu’est Alexandre, une tentative maladroite mais touchante d’Oliver Stone de taire ses démons (style dézingué, lyrisme sentimental). Quand à Colin Farrell, le charisme en deçà du seuil de pauvreté, il peut largement endosser la responsabilité du manque d’euphorisant qui ronge le film.

En deux mots
Desservi par la fadeur peroxydée de Colin Farrell, Alexandre creuse des pistes passionnantes, qu’Oliver Stone exploite avec plus ou moins d’intensité. Le vrai trésor de guerre, c’est Angelina Jolie, perverse foudroyante de beauté.

PAR PHILIPPE PAUMIERT

Voir aussi interview d'Oliver Stone - Voir aussi interview de Colin Farrell

Critique de la critique

Il y a du vrai dans les reproches du critique : on se serait bien passé de la prestation gâteuse d’Anthony Hopkins, Stone a trop privilégié l’intimiste au spectaculaire au risque de faire perdre au film toute l’intensité voulue, Angelina Jolie assure dans le rôle d’Olympias. Maintenant tout mettre sur le dos de Colin Farrell, c’est peut être pousser un peu trop loin. Je suis d’accord ce n’est pas l’acteur du siècle (à vrai dire je ne l’ai aimé vraiment que dans Phone Game et peut être un peu dans Le Nouveau Monde) mais il n’est pas mauvais dans toutes ses scènes. Les seules de vraiment ratées ce sont justement celles avec Hépheïston (Jared Leto est par contre lui excellent). Il est en revanche foudroyant de charisme en Mars guerrier sur le champ de bataille de Gaugamèles, touchant en roi qui s’auto-culpabilise face à ses soldats tombés par milliers, spectaculaire quand il plonge comme un lion enragé sur la meute des mutins. Personnellement j’ai bien aimé l’épisode de la nuit de noce avec Roxane, c’est encore avec cette scène qu’Oliver Stone s’est le plus lâché (puisqu’on lui reproche sa modération inhabituelle dans ce film).

 

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