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Alexander Revisited The Final Cut (film de Oliver Stone)

Mon avis - Article sur Ecran Large

DVD du Final Cut d'Alexandre, film d'Oliver Stone

Mon avis :

2H50 c'était encore trop peu pour s'attaquer à un monument tel qu'Alexandre le Grand. Alors forcément une version longue avec quarante cinq minutes supplémentaires, çà ne se refuse pas surtout après les frustractions sucitées par la version primaire. Toutefois, malgré, une telle prolongation, il ne faut pas s'attendre non plus à une nouvelle scène de bataille style le siège de Tyr ou la bataille d'Issos. On sait pertinement qu'une telle scène aurait considérablement rallongé le budget du film et que Stone nous l'aurait forcément dévoilée dès sa sortie sur grand écran. Finalement en 45 minutes, Stone va nous offrir peu de scènes inédites, mais surtout des plans supplémentaires sur certaines scènes notamment celles des batailles. Je ne sais pas vous, mais moi, j'avais trouvé quand même brouillon les batailles de Gaugamèles et d'Hydaspe. On avait du mal à suivre. Avec de nouveaux plans (gores à souhait), on retrouve enfin la fluidité dans ces scènes. Mais l'intérêt de ce final cut ne réside pas dans de l'inédit mais dans un découpage totalement différent du film. La linéarité de la version courte qui avait tant fait de mal au film cède ici sa place à un patchwork beaucoup plus dynamique de scènes non chronologiques, façon "la Môme". Certes c'est au détriment de toute chronologie, mais le film y gagne indéniablement en pertinence. Les transitions entre les scènes acquièrent alors une signification plus thématique. A la décharge de Stone, la vie d'Alexandre le Grand était certainement beaucoup moins connue que celle d'Edith Piaf au près du grand public. On comprend que les non-initiés auraient été complètement paumés. Quoique je ne savais rien de la vie de Piaf et pourtant j'ai adoré le film (le meilleur d'ailleurs de cette année 2007). Seul bémol : la version est pour l'instant encore en VO (DVD importé) et comme je parle peu anglais, je n'ai pas forcément saisi tous les dialogues.

Le film démarre dèjà fort en nous montrant directement la scène finale de la version courte, à savoir la mort d'Alexandre. Quelques plans supplémentaires, notamment les regards pleins d'espoir des généraux d'Alexandre quand celui-ci tend sa bague pour, pensent-ils, désigner son successeur. Ou bien encore le cri bestial de douleur de Mazaïos quand l'empereur rend son dernier souffle. Commencer donc par la fin, est ce tellement un bon point ? il est vrai que dans la version initiale, elle commençait aussi par la mort d'Alexandre mais avec beaucoup moins de détails. De par sa concision donc, elle laissait planer plus de mystère. On la retrouvait seulement plus complète à la fin du film, permettant ainsi de clore le film comme on referme un livre. Un invité incongru dans la nouvelle version : un chien assoupi sur le lit d'Alexandre. Est ce son chien, Péritas ? En tout cas on va le retrouver souvent dans les prochaines scènes.

On retrouve d'ailleurs notre brave toutou dans le monologue d'Hopkins façon "Alexandre pour les Nuls". Puis coup de tonnerre, on passe directement à la tempête Gaugamélès. Un régal pour ceux qui souhaitaient de la castagne. Il est vrai que dans la version cinématographique, il fallait attendre bien une heure avant que le film ne démarre vraiment. Le soleil embrumé par les sables de Gaugamélès viennent rappeler l'éclispe de la lune la veille de la bataille. Mauvais présage pour les Perses ? Lorsqu'Alexandre harangue ses soldats, sa tunique est encore imprégnée du sang du taureau sacrifié. Un soldat pisse dans son froc sous les yeux de Kratéros. Le tremblement des sarisses secouées par des soldats en transe a quelque chose de sinistre qui fait effectivement froid dans le dos. Une sensation absente dans la version courte. Etait ce pour échapper à la censure que Stone nous a privés de tant de plans supplémentaires ? La réponse paraît évidente quand on découvre quelques images bien gores : les perses embrochés sur les sarisses, les généraux qu'on voit se battre davantage (ouf on se demandait à quoi ils servaient !) notamment Kleitos qui décapite d'un coup un adversaire. On voit également Darius douter plus tôt devant un tel bain d'hémoglobine. Après la victoire d'Alexandre, on y retrouve le soldat mourant Glaucos et le désarroi d'Alexandre devant ses soldats tombés au champ d'honneur. Mais cette fois il ne pleure pas mais son regard se confond avec celui du vautour qui se fond à son tout avec le regard du serpent d'Olympias.

Un plan troublant qui permet une transition soignée avec la première scène d'enfance d'Alexandre, lorsqu'il a 4 ans, où on découvre pour la première fois Olympias. Une façon de suggérer que cette mère pleine de tendresse serait à l'origine du comportement criminel de son rejeton ? Seul point négatif : la voix off d'Hopkins. Le récit ensuite retrouve la linéarité de l'enfance d'Alexandre : Léonidas, Aristote (avec un cours un peu plus long, on s'arrête plus sur les visages des compagnons d'enfance du jeune Alexandre avec un montage différent). Vient la célèbre scène avec Bucéphale où Stone rajoute un plan d'Attale glissant certainement à l'oreille de Philippe une vacherie sur son fils ou Olympias. On finit par une petite visite des caves de Pella où Stone revisite de façon singulière la mythologie grecque. Visite un peu plus longue puisqu'on y suivra Philippe et Alexandre jusqu'à ce qu'ils ressortent des caves. La lumière du jour alors va se confondre avec le soleil de Babylone où Alexandre fait une entrée triomphale.

Une seconde transition donc très imagée et très symbolique. En effet, dans la scène précédente, son père le mettait en garde contre la tentation du pouvoir. Mais à peine dix ans plus tard, Alexandre se laisse enivrer par les merveilles de Babylone. Devenu maître de l'Asie après Gaugamélès, il se croira l'égal des dieux et son ambition insatiable l'entraînera vers sa perte tout comme l'idole de son enfance. Lors de la visite du harem, Alexandre va s'adresser à Bagoas, par l'intermédiaire d'un eunuque joufflu, pour lequel il montre un vif intérêt. On va voir que Bagoas va jouer dans cette version inédite un rôle beaucoup plus propondérant. Ensuite, Alexandre interrompt Ptolémée en plein flirt. Les compagnons d'Alexandre se chamaillent avec leur roi à coups de coussins comme des gamins. Mais quand Stateira fait son apparition, Alexandre se relève précipitamment, passablement enervé d'être pris en flagrant délit. Cette petite scène insignifiante au premier abord va pourtant expliquer pourquoi Stateira va s'adresser à Héphestion, le prenant pour le roi. En effet, Héphestion est le seul à ne pas prendre part à la bagarre.

Pendant que les généraux font la fiesta, Alexandre reçoit la visite d'Héphestion au moment où il lit la lettre adressée par sa mère. On y voit quelques images inédites : Lysippe sculptant son visage, Bagoas caressant sa joue avant d'être viré par le roi à l'arrivée de son amant. La vue sur Babylone paraît encore plus belle. On continue avec la poursuite, puis la mort de Darius. Jusque là tout est normal.

Mais arrivés en Bactriane, Alexandre se marie directement avec Roxane dont on ne voit pas encore le visage. Les mesures qu'il annonce en faveur des perses va donc constituer la véritable raison de sa dispute avec ses généraux dans la scène suivante (qui avait pour motif au départ le mariage de Roxane). On retrouve Péritas toujours couché tranquillement tel un sphinx indifférent à cette agitation. Pour être plus claire, les scènes en Bactriane sont exactement prises dans le sens inverse, puisque la danse de Roxane, qui ouvrait le bal, clôt ici l'épisode bactrien. Des plans en plus d'Oxyathrès qui a une petite conversation avec son gendre (on comprend d'ailleurs maintenant que cet homme était donc bien le père de Roxane, ce qui n'était pas évident dans la première version), de Kleitos ivre qui provoque Héphestion (ce qui explique ensuite le coup de poing), les visages défiants de Parménion et de Philotas qui visiblement font la gueule. On commence à voir les clans se former "les anti-Alexandre" (Kleitos, Parménion, Philotas, Cassandre ...) et les "pro Alexandre" (Héphestion, Ptolémée, Néarque ...). La danse de Roxane y est encore plus sensuelle et plus orgasmique. Alexandre voit Kleitos donner un coup de poing à Héphestion et est à deux doigts d'intervenir. A la fin de la danse, on croit deviner un couteau dans la main de Roxane, avant de passer à la mouvementée nuit de noces. Un régal d'ailleurs car la scène d'amour, qui suit le tentative de meurtre de Roxane, est ici beaucoup plus crue tout en gardant sa sensualité originelle. On admire au passage le joli petit cul de Colin Farrell s'activer allégrement sur le ventre de sa belle. Une scène délicieuse dont le puritanisme américain ou le CSA français nous a privés. Mariage ethnique que va donc réprouver Olympias.

Retour dix ans en arrière. Philippe est sur le point d'épouser Eurydice, déjà enceinte. Un évènement qui va déclencher les hostilités entre Olympias et son époux. Olympias essaie de monter la tête à Alexandre contre Philippe. La scène de cette nouvelle version est légèrement différente de la première. Elle est plus violente et dégage déjà un parfum d'inceste comme une sorte de répitition à la dispute entre Olympias et son fils après la mort de Philippe. On y voit, en effet, Alexandre saisir violemment Olympias à la gorge lorsque celle-ci lui suggère de tuer Philippe (on est enfin éclairé sur les actes d'Olympias, elle est donc bien derrière le meurtre de Philippe) puis promener ses lèvres dans son cou comme pour la provoquer. L'intérêt de faire coincider la scène des noces de Roxane et d'Alexandre avec cette scène ? Renforcer la thématique oedipienne abordée par Stone dans le film quand il parle de la relation d'Alexandre avec sa mère. En effet, à l'issue de leur nuit d'amour, Alexandre chuchote à l'oreille de Roxane qu'il regrette qu'elle ne soit qu'un pâle reflet de sa mère. C'est donc faire d'Olympias non plus une mère mais une amante. Roxane n'a t elle pas essayé d'assassiner Alexandre comme Olympias a fait tuer Philippe ?

Scène de dispute entre Alexandre et Olympias dans le film d'Oliver Stone (final cut)

Le complot que trame donc Olympias permet d'introduire celui éventé d'Hermolaos et de Philotas. Bonus : on y voit Hermolaos se suicider quand les soldats viennent l'arrêter. Le meurtre de Parménion va coincider avec une autre scène inédite. On se souvient que lorsqu'Alexandre se couche nu dans son lit (au passage on peut enfin avoir un petit aperçu de l'anatomie du roi qui avait été visiblement floutée dans l'original), avant que Bagoas n'éteigne la lumière, il faisait un petit geste à l'adresse de l'eunuque. Stone nous livre enfin la suite : Bagoas se déshabille à son tour et se couche aux côtés d'Alexandre qu'il embrasse. Une scène de flirt d'une bonne minute qui se confond avec celle où Parménion agonise dans les bras d'Antigone qui lui donne le coup de grâce. On y voit le visage pâle de remords d'Antigone. Violence et sexualité viennent donc se mêler étroitement. un cocktail cher à Stone dont on retrouve enfin la patte.

Scène d'amour entre Bagoas et Alexandre dans le film de Oliver Stone (final cut)

Le regard embrumé d'Alexandre vient ouvrir la scène des noces de Philippe et d'Eurydice. C'est le même regard troublé qu'il affichait quand Kleitos et Antigone étaient partis accomplir leur sinistre tâche. Beaucoup plus de débauche et de violence dans cette scène. Quand Alexandre balance sa coupe de vin dans la gueule d'Attale, on est à deux doigts de la baston générale.

Le 1er DVD se clôt sur la traversée de l'Indo Kouch et un patchwork d'images de statues d'Alexandre, de cartes, d'extraits de Gaugamélès façon documentaire qui vient rappeler le générique du film.

Le second DVD s'ouvre sur les premières scènes tournées en Inde. En bonus, une courte rencontre d'Alexandre avec les brahmanes. Puis vient la scène choc du film : le meurtre de Kleitos. Des plans supplémentaires pour la danse de Bagoas qui est ici montrée de façon beaucoup plus sensuelle, beaucoup plus enivrante à tel point qu'elle éclispe presque la nuit de noces de Roxane. On voit Alexandre parler avec Ptolémée et Thaïs. Il montre du doigt un Kleitos plutôt renfrogné. Ce geste ainsi que le baiser donné à Bagoas vont déclencher la provocation de Kleitos qui lui sera fatale. Contrairement à la scène primaire, les gardes parviennent à sortir Kleitos hors de la salle mais celui-ci revient quelques instants plus tard seul. Après avoir commis l'irréparable, Alexandre se retranche, malade de remords, sous sa tente.

On enchaîne logiquement avec le flash back du meurtre de Philippe, seule scène dans la version originale à avoir une connexion symbolique avec la scène précédente. On comprend mieux, grâce à la première scène entre Olympias et Alexandre (où sa mère lui avoue qu'elle complote contre Philippe), l'inquiétude d'Alexandre en sâchant que Pausanias est chargé de la sécurité du roi. En un éclair, il se remémore le viol de Pausanias lors des noces de Philippe et d'Eurydice. On observe les tuniques imbibées de sang des gardes qui ont tué Pausanias lors de leur retour dans le Colisée.

Nouvelle différence avec la version cinématographique, on passe direct à la scène de mutinerie sans passer par le règlement de compte entre Alexandre et sa mère. Enchaînement pertinent aussi puisqu'Alexandre va comme Philippe voir plusieurs de ses soldats se retourner contre lui. Kratéros va parler tout de suite à Alexandre des plaintes de ses soldats avant que celui-ci ne s'adresse à Antigone pour connaître la raison de leur hésitation à tous. Sinon je n'ai pas noté d'autre différence flagrante. Si ce n'est qu'après l'exécution des mutins, on voit un Alexandre hirsute, à moitié nu, dans sa tente lire une lettre de son maître Aristote. C'est là que je regrette d'avoir oublié mes cours d'anglais. Mais visiblement la lettre de son ancien professeur trouble le guerrier, qui, le regard perdu, semble être pétrifié par le remords et la honte en s'apercevant qu'il a trahi tous les enseignements d'Aristote. Il y a alors à cet instant quelque chose de terriblement émouvant sur le visage d'Alexandre, qui n'est jamais aussi beau que dans la fragilité.

Scène avec Aristote dans le film d'Oliver Stone (final cut)

Hydaspe, à l'image de Gaugamélès, est riche de plans supplémentaires qui donnent allègrement dans le gore (un soldat explosant sous les pieds d'un éléphant, un éléphant eviscéré, Alexandre recrachant un geyser de sang après avoir été blessé ...). Lorsqu'Alexandre s'apprête à engager son duel avec Poros, on entend à nouveau la musique du générique, on revoit en flash back la scène où Alexandre adolescent galope sur le dos de Bucéphale. On pressent par ces images qu'Alexandre va perdre Bucéphale. Blessé, Alexandre revoit son père se faire poignarder par Pausanias. Cette réminiscence va alors conduire à la dernière scène entre Alexandre et Olympias, lors de leur dispute.

Extrait de la bataille d'Hydaspe dans le film d'Oliver Stone (final cut)

Quand Alexandre décide du retour à Babylone, on le voit rendre hommage aux dieux avant de quitter l'Inde et ériger une statue en l'honneur de Bucéphale. La traversée du désert comporte plus d'images. A Babylone, Alexandre prépare déjà sa future expédition en Arabie avec Cassandre, Néarque et Ptolémée. Il paraît de bonne humeur jusqu'à ce qu'il découvre Héphestion allité. Après la suite se déroule normalement. Lors de la dernière fiesta d'Alexandre avec ses amis, on peut observer une certaine impatience sur le visage de Ptolémée mais aussi du remords et du dégoût quand le roi boit la coupe de vin fatale. Pendant son agonie, Alexandre revoit sa mère quand il avait 4 ans, puis Aristote. D'autres plans supplémentaires : un vieillard lui apportant des plantes médicinales, la visite de ses soldats et de ses officiers venant lui faire leurs adieux. Mais surtout cette scène importante où Alexandre enfin seul reçoit les soins de Bagoas. Le roi est encore conscient et évoque le passé avec le jeune eunuque. C'est une scène pleine de tendresse et très émouvante. Après la mort d'Héphestion et la rupture d'Alexandre avec Roxane, Bagoas est le dernier être sur lequel le roi puisse encore compter. Je suis heureuse que Stone ait tourné cette scène car elle permet à Bagoas de retrouver ici sa véritable place au près d'Alexandre. Celui-ci semble d'aileurs apaisé quand il se retrouve enfin seul avec Bagoas, il connaît grâce à lui un dernier moment de sérénité, pusqu'on le voit s'endormir dans les bras de son amant. Le film aurait peut être dû s'arrêter là comme dans le roman de Mary Renault.

Après la mort d'Alexandre, c'est un serpent que l'aigle apporte à Olympias. Une façon de symboliser que l'influence d'Olympias a pris fin avec la mort de son fils. Les généraux se battent beaucoup plus violemment lorsqu'ils se disputent sur le nom du successeur d'Alexandre. On est à deux doigts de l'hécatombe. On voit Néarque tenter en vain de séparer ses camarades. Mazaïos protège la dépouille du roi car on voit des généraux se ruer sur Alexandre pour l'enlever. On finit traditionnellement par la scène finale en Egypte où Ptolémée finit d'écrire ses mémoires. On voit ses petits enfants. Le générique de fin nous signale que les mémoires de Ptolémée furent perdues lors l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie quelques siècles plus tard.

Article sur Ecran Large :

Roi à après un « director's cut » sorti en DVD aux États-Unis, plus court que la version découverte en salles et agréé pourtant par Oliver Stone, rien ne nous laissait présager d'une ressortie en DVD dans une version plus longue d'environ 45 minutes. Désormais, cet Alexandre Revisited nous entraîne dans un péplum-marathon avoisinant les 3h40. Cette fois-ci, Stone jure qu'il s'agit bien là de la version définitive ! 
 
À la vue de cette version, on ne peut qu'être satisfait du résultat. En effet, ce qui frappe le plus est le soin apporté au montage. Dans la version vue en salle, le film, hormis quelques flashbacks, conservait une certaine linéarité pas toujours évidente du point de vue du rythme et de la fluidité dans l'enchaînement des scènes. Ici, le film use de la non chronologie pendant tout le film : passé, présent et futur s'entrechoquent, chaque séquence est mise en corrélation avec celle qui la précède. Le montage parallèle presque symbolique use donc d'échanges et de communications entre le temps et l'espace des personnages.

La personnalité d'Alexandre (Colin Farrell), ses actes, sa force, son destin, sa folie même, semblent tous être le fruit des souffrances originaires liées à sa relation très oedipienne entretenue avec ses parents. Cet amour/haine, cette attraction/répulsion entre lui et sa mère Olympias (Angelina Jolie), et cette façon de « tuer le père » pour trouver un semblant de paix intérieure deviennent le coeur de l'histoire. Grâce à cette narration éclatée, tous les tourments d'Alexandre liés à son passé trouvent leurs correspondances dans le présent ; les batailles deviennent elles-mêmes l'expression de cette torture émotionnelle dont Alexandre est victime. Pas étonnant que le film s'ouvre pratiquement sur une bataille, celle entre Alexandre et Darius, comme pour suggérer que sa vie n'est que conflit, une guerre menée à la fois de l'intérieur avec la solitude du héros mythifié et de l'extérieur au milieu des champs de bataille. Comme le dit Philippe (Val Kilmer), le père d'Alexandre : « Ce sont les Dieux qui décident, pas de gloire ni de pouvoir sans la souffrance et l'acier.... les Dieux font de nous des esclaves et peuvent en un clin d'oeil reprendre tout ce qu'ils nous ont donné ».
 
C'est sur cette base que le film se scinde désormais en deux parties : l'ascension et la chute, la gloire et le désespoir. La première partie s'achève juste au moment où Alexandre pénètre en Inde pour étendre sa conquête au-delà du possible. C'est là sans doute qu'Alexandre commet l'erreur de voir trop « grand ». Le film apparaît donc comme un diptyque où chaque partie est l'antithèse de l'autre : deux faces antinomiques d'un même personnage, d'une même tragédie. 
 
De personnages, il en est question dans cette version qui étoffe substantiellement tous les proches qui gravitent autour d'Alexandre, de ses parents à ses amours. Ajout notable concernant l'eunuque Bagoas renforçant l'ambiguïté sexuelle d'Alexandre par l'ajout de scènes explicites entre les deux hommes. De même pour ce qui est de sa relation plus évidente avec Héphaistion. De là naît une tension palpable entre les différents amours d'Alexandre alternant jalousie et érotisme, que ce soit Héphaistion, Bagoas ou Roxane, tous essayant d'asseoir leur place dans cette « cour du roi ».
 
Enfin, en ce qui concerne les batailles, elles s'en trouvent rallongées et bien plus fluides. Les rajouts à l'écran de textes précisant le lieu où se déroule tel ou tel affrontement, rendent compte du génie stratégique dont faisait preuve Alexandre. Ce nouveau montage nous gratifie également de quelques plans gores supplémentaires, tel cet éléphant piétinant un soldat macédonien qui explose littéralement sous le choc de l'animal.
 
Oliver Stone nous propose donc une version non censurée avec des scènes de violences et de sexe explicites renforçant l'aspect brutal et adulte du film. Alexandre Revisited devient l'une des meilleures director's cut de ces dernières années, à ranger aux côtés du récent montage inédit en salles de Kingdom of Heaven de Ridley Scott. Le film trouve enfin son rythme et son énergie grâce au montage, son ampleur et sa démesure par sa durée et son intérêt avec cet imposant portrait du mythique et légendaire Alexandre porté par un Oliver Stone plus que jamais passionné.  

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