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Document sur Alexandrie paru dans Point de vue
RETROUVEZ ALEXANDRIE
Histoire - Dates - Lieux clés
Ecrit par Françoise Monier
Alexandre le Grand l’a rêvée, Ptolémée l’a bâtie, les séismes et la sottise des hommes l’ont engloutie. Aujourd’hui, la cité mythique de la Méditerranée ressuscite grâce à des plongeurs archéologues.
Vénus elle-même, sortant des vagues, n’aurait pas été plus fêtée. La déesse au torse de granit rose, sans tête ni bras, hissée par le treuil d’une vieille barge, émerge lentement de l’eau, après vingt trois siècles d’oubli au fond de la baie d’Alexandrie. Massée sur la digue qui protège la baie, en ce 4 octobre 1995, la foule applaudit. Le Ministre égyptien de la Culture, Farouk Osni, Alexandrin de naissance et de cœur, exulte. Le Directeur des Antiquités, Abdel Halim Nour ed-Dine, arbore un large sourire. Et, agrippé au bord de son zodiac, encore revêtu de sa combinaison de plongée, Jean-Yves l’Empereur, le patron du Centre d’études alexandrines, reprend sa respiration. Malgré la houle, il vient de batailler, avec quelques uns de ses plongeurs-égyptologues, pour arracher à la mer cette statue qui symbolise déjà le renouveau d’Alexandrie.
La plus grande métropole de l’Antiquité, carrefour des cultures méditerranéennes, cité où se sont aimés Antoine et Cléopâtre, était considérée comme perdue, telle l’Atlantide. Démolie par les caprices de la nature, le temps et la folie des hommes. La voilà enfin retrouvée : colonnes, chapiteaux, sphinx, effigies de rois-dieux et de déesses-reines dorment, parmi les pierres du fameux Phare d’Alexandrie, sous quelques brasses d’eau salée, au pied du fort de Qayt Bay.
L’aventure commence en 1961, quand un plongeur, Kamal Abou el-Sadate, découvre aux abords du fort une statue colossale d’Isis. Il convainc la marine de la hisser hors de l’eau. Huit ans plus tard, l’Unesco demande une expertise à Honor Frost, britannique et orientaliste, mais surtout remarquable archéologue sous-marine. Elle se souvient de sa plongée dans ce secteur jusque-là interdit par l’armée : « Je me trouvais devant un amoncellement extraordinaire de statues décorées, d’obélisques gravés de hiéroglyphes, de colonnes gigantesques, avec des poissons nageant tout autour dans une lumière bleutée. » Mais l’Egypte a d’autres sites à mettre en valeur. En 1993, Asma el-Bakri se rend près du fort pour tourner un documentaire. Elle découvre avec horreur qu’on construit une digue de béton sur les ruines englouties. Devant le scandale, les autorités lancent une opération de sauvetage. Le chantier est confié à Jean Yves l’Empereur, Directeur de recherche au CNRS, expert en épaves et en villas sous-marines, qui dirige, à Alexandrie, des fouilles à terre. A l’automne 1994, avec l’aide de l’Institut français d’archéologie orientale, de la fondation Elf et de l’agence d’images Gédéon, il explore le site où s’élevait la Septième Merveille du monde, en compagnie d’égyptologues, de topographes et de cinéastes français et égyptiens : « On n’avait jamais vu un lieu pareil : sur plus de deux hectares, des milliers de blocs appartenant à des édifices grandioses. Et, au milieu, des pierres taillées de plusieurs dizaines de tonnes, qui faisaient parties du Phare. » Si, comme on le pense maintenant, cette zone appartenait, il y a plus de deux mille trois cent ans, à l’île du Pharos, on aurait découvert non seulement le premier des phares, mais aussi certains monuments qui l’entouraient !
Une trentaine des plus belles pièces seront prochainement sorties de l’eau, étudiées, exposées. Mais après ? Hassan Awad, professeur d’océanographie, milite, avec un groupe d’universitaires et d’intellectuels, pour la conservation des ruines sous les eaux, comme dans un immense parc sous-marin. Car d’autres recherches sont en cours pour retrouver les palais de Cléopâtre, les temples érigés par les Ptolémées et les ports. Tout ce qui pourrait expliquer l’extraordinaire aura de cette mégalopole qui fascine tant les voyageurs et fit rêver tant de puissants.
Justement, c’est en rêve que l’imagine Alexandre le Grand, en 332 avant l’ère chrétienne. Il interrompt son grand périple vers l’est, à la conquête de la Perse, pour consulter l’oracle d’Amon, dans l’oasis de Siouah. Et ordonne la construction d’une cité dont il dessine les contours, sur le modèle de la cité idéale qu’il avait imaginée dans sa jeunesse, avec le philosophe Aristote, son maître. Pourtant, qui aurait parié une drachme sur le succès d’un établissement coincé entre la mer et les dunes, sans eau et sans ressources ?
Aristote, partisan des villes maritimes, ouvertes au commerce et aux influences cosmopolites, avait vu juste. Ptolémée, général d’Alexandre, construit la capitale où vont se brasser les peuples, les religions et les cultures. Les papyrus du Delta sont exportés dans toute la Méditerranée. Ceux de la grande Bibliothèque attirent les plus grands poètes et savants. Là, l’Orient et l’Occident ont mêlé leurs savoirs. Puis le pouvoir a changé de mains. Les batailles et les tremblements de terre ont détruit le Phare, les maisons de commerce et le Musée des philosophes. Les archéologues sont sur le point de les ressusciter.

La ville phare du monde helléniste
331 av JC : Avant de partir conquérir l’Asie, le Roi de Macédoine fonde la première des 34 Alexandries de son empire.
323 av JC : Après la mort d’Alexandre à Babylone, Ptolémée, l’un de ses généraux, administre l’Egypte. Il prend le titre de roi en 305, fondateur d’une dynastie qui règnera à Alexandrie pendant près de trois siècles. Il y crée le culte de Séraphis, dieu mi-grec, mi-égyptien, y installe le Musée et le Tombeau d’Alexandre (dont l’emplacement reste une énigme).
282 av JC : Avènement de Ptolémée II, fils du précédent. Dénommé Philadelphe (« qui aime sa sœur »), il inaugure une suite quasi interrompue de mariages consanguins. De son règne datent le Phare et Ptolémaia, jeux aussi renommés, en leurs temps, que ceux d’Olympie.
221 av JC : Avec Ptolémée IV débute une période nettement moins glorieuse. Les meurtres familiaux vont jalonner l’histoire de la dynastie. L’empire décline peu à peu, grignoté par Rome. Sous Ptolémée VII (143-116), les persécutions sont telles que les savants désertent le Musée et que les Alexandrins se soulèvent.
80 av JC, Ptolémée XI, imposé par Sylla, alors maître de Rome, règne vingt jours. Meurtrier de son épouse, il est assassiné par les Alexandrins. Son testament ouvre aux Romains des droits sur le royaume. Ceux-ci mettront vingt ans à reconnaître son successeur, Ptolémée XII. Quand ce dernier meurt, en 51, son fils Ptolémée XIII et sa fille Cléopâtre VII (la Grande) montent tous les deux sur le trône. Mais la reine est chassée d’Alexandrie par son frère et époux.
48 av JC : César, vainqueur de Pompée, entre à Alexandrie et impose Cléopâtre, devenue sa maîtresse. Elle lui donne un fils, Césarion.
41 av JC : Antoine, maître de l’Orient, tombe à son tour sous le charme de Cléopâtre. Il lui lègue une partie de ses possessions. Son rival, Octave (le futur Auguste), n’apprécie pas et déclare la guerre à l’égyptienne. Il défait Antoine à la bataille navale d’Actium, en 31.
30 av JC : Antoine, réfugié à Alexandrie, se suicide alors qu’Octave va s’emparer de la ville. Cléopâtre imite son amant. Ainsi s’éteint la dynastie : son ultime héritier, Ptolémée XV (Césarion), sera assassiné sur l’ordre d’Octave. L’Egypte devient province romaine et Alexandrie, la deuxième cité de l’empire. Elle en épousera pendant quatre siècles les soubresauts puis la décadence.
Les lieux clefs de l’Alexandrie antique

Le Phare :
L’une de sept merveilles du monde. Edifié sur l’île de Pharos, d’où son nom. Un grand feu y brûlait à plus de 100 mètres de hauteur sous la statue de Zeus. Sur le chemin du Phare s’élevait un temple d’Isis. Les fouilles sous-marines au pied du fort de Qayt-Bay, construit au XVème sur l’emplacement du phare antique, ont répertorié plus de 2000 pièces.

Heptastade :
Jetée longue d’environ 1,5 km. Séparait deux ports (le Grand Port et l’Eunostos), d’où la possibilité d’accoster par tous les temps. Des ouvertures permettaient le passage de l’un à l’autre.
Sérapéion :
Sur l’acropole alexandrine, le grand temple dédié à Sérapis, dieu honoré par tous les Ptolémées.
Grand canal dérivé du Nil :
Appelé « Bon Génie », tant il était essentiel pour approvisionner la ville en eau douce et acheminer les marchandises du port au fleuve et, de-là, à toute l’Egypte.
Marchés et docks :
Le cœur de celle que le géographe grec Strabon appelait « le comptoir du monde ».
Caesareum :
Temple construit par Cléopâtre en l’honneur d’Antoine. Auguste le consacra au culte impérial.
Timonion :
Au bout de la jetée, le palais refuge où Antoine aimait à se retirer.
Antirhodos :
Ile qui abritait les villas de Cléopâtre et probablement un port royal.
Quartier des palais :
Vaste ville dans la ville mêlant résidences, jardins, institutions du gouvernement. Comprenait le Musée, académie de savants et d’écrivains venus de tout le monde grec, ainsi que la célébrissime Bibliothèque.
Palais royal :
Au cap Lochias, près du port privé des rois et d’un temple Isis.
Voie canopique :
D’est en ouest, l’axe central d’Alexandrie.
Quartier des juifs :
Très différent d’un ghetto, il leur était réservé en vertu d’un statut protégé qui durera jusqu’à l’époque romaine.

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