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Document sur le tombeau d'Alexandre le Grand paru dans Point de vue

Voici le 139 ème tombeau d'Alexandre le Grand

L’emplacement de la tombe du conquérant divise les historiens depuis le IVème siècle. Une archéologue grecque, Liana Souvaltzi, vient de faire rebondir la polémique : à Siwa, dans une oasis perdue aux confins de l’Egypte et de la Libye, elle a découvert une tombe où serait enterré le roi de Macédoine, mort il y a plus de deux mille ans.

La porte du mystère

A quelques kilomètres de l’oasis, l’archéologue grecque a mis au jour trois chambres funéraires abritant trois stèles, auxquelles on accède par un tunnel de 10 mètres de long. Une découverte qui divise les historiens. Beaucoup estimaient qu’Alexandre reposait dans sa ville, Alexandrie.

Afin de respecter nos traditions, nous demandons aux femmes de bien vouloir se couvrir les bras et les jambes. L’avertissement, placardé à l’entrée de Siwa, fait sans doute sourire Liana Souvaltzi lorsqu’elle débarque, en 1989, dans cette oasis perdue au milieu du désert égyptien, à plus de 600 kilomètres du Caïre. Car l’archéologue grecque et son équipe ne tardent pas à retrousser leurs manches pour entreprendre de longues et minutieuses fouilles dans le fol espoir de découvrir le tombeau d’Alexandre le Grand.

Pour elle, le doute n’est plus permis : la royale dépouille se trouve là, près de la frontière libyenne et non à Alexandrie comme le prétendent nombre d’égyptologues. Les mois passent. Elle s’obstine. Six années à ratisser le moindre mètre carré d’un sable fin et sec avant de mettre au jour, la semaine dernière, trois stèles funéraires, qui, si elles s’avèrent avoir effectivement abrité les restes de l’un des plus grands conquérants de l’Histoire, pourraient bien résoudre une énigme de plus de 2000 ans.

Tout commence par une confidence d’Olympias, la Reine de Macédoine, à son fils Alexandre. Elle lui révèle le secret de sa naissance : le dieu Amon aurait pris l’apparence d’un serpent et se serait glissé dans son lit pour la féconder. De quoi perturber sérieusement l’œdipe du jeune guerrier, qui n’aura de cesse de vérifier ces allégations. L’occasion se présente en février de l’an 331 avant JC. Alexandre profite d’un séjour sur la côte, à Paraetonium (aujourd’hui Marsa-Matrouh), pour aller consulter, 300 kilomètres plus au sud, l’oracle de Siwa, célèbre dans tout le bassin méditerranéen.

Une fois arrivé, les prêtres qui l’accueillent, saluent en lui le fils de Dieu, puis le conduisent dans la chambre où se trouve la barque sacrée contenant la représentation du dieu Amon sculpté dans le bois précieux décoré d’émeraudes. Resté seul quelques instants, il ressort sans dévoiler à ses compagnons ce que l’oracle lui a prédit. Il désire garder la primeur de cette entrevue pour sa mère, Olympias, mais il meurt à Babylone, le 10 juin 323, à 33 ans (sans doute de la malaria), avant d’avoir pu lui parler, emportant son secret dans la tombe.

Gravure sur Alexandre le Grand proclamé pharaon d'Egypte

Avant de s’éteindre, il a tout de même le temps de dicter ses dernières volontés à l’un de ses fidèles compagnons : « je souhaite reposer auprès de mon père, dans l’oasis d’Amon », lui confie-t-il. La construction du char funéraire, un temple d’or, de marbre et de bronze monté sur roulettes, prend près de deux ans. De Babylone à l’oasis de Siwa, la route est longue : 2500 kilomètres. Le convoi mortuaire tiré par soixante-quatre mulets et accompagné de milliers de soldats ne parcourt que 3 kilomètres par jour. Il atteint le Nil … au bout de deux ans. Là, changement de programme : Ptolémée Ier, devenu gouverneur de la province d’Egypte, détourne le convoi et expédie le corps à Memphis, l’ancienne capitale où il reste vingt ans avant d’être transféré à Alexandrie.

Sarcophage en or, sarcophage en albâtre, cercueil en verre, la dépouille d’Alexandre voyage à travers les siècles, exposée dans le mausolée d’Alexandrie.

Puis on perd définitivement sa trace au IVème siècle, date à laquelle le mausolée est rasé. A son emplacement s’élève aujourd’hui la mosquée de Nabi Daniel, dont une équipe américaine a récemment sondé les fondations. Sans aucun résultat. Alors l’hypothèse la plus folle se fait jour : les prêtres de Siwa ont-ils, à l’insu de tous, rapatrié le corps d’Alexandre pour l’enterrer dans l’oasis selon son vœu le plus cher ? L’archéologue grecque en est persuadée.

A Siwa, pratiquement rien n’a changé depuis deux mille trois cents ans. On peut toujours se baigner comme Alexandre ou Cléopâtre, dans l’une des mille sources où des bulles viennent pétiller jusqu’à la surface. La poignée de routards qui logent au Yousef Hotel pour moins de dix francs la nuit s’amusent de ce soudain ballet d’officiels et de journalistes.

Aujourd’hui Liana Souvaltzi jubile, mais il est encore proche le temps où, faute de crédits, elle devait laisser s’ensabler les vestiges qu’elle avait dégagés la veille. A Siwa, les joyaux archéologiques sommeillent. Parfois par négligence comme à Djebel Al Mawta, la montagne des morts, régulièrement pillée et dont les tombes ont été graffitées par les soldats égyptiens qui surveillent les mouvements libyens.

Surtout parce que le désert n’a pas encore livré tous ses secrets. Ainsi, quelque part au sud de l’oasis, serait enfoui un fabuleux trésor. Celui de Cambyse II, qui lança son armée, il y a deux mille cinq cent dix huit ans, dans une expédition punitive contre Siwa. Cinquante mille hommes qui n’arrivèrent jamais à destination engloutis à jamais par les sables. Les égyptologues n’ont pas fini de fantasmer.

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